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Congo (Brazzaville)
Histoire, lieux phares et vie de la communauté, écrits et partagés par les membres de Basileia.
Histoire
Les royaumes précoloniaux du Congo

Teke, Loango et Kongo : trois civilisations qui ont façonné le pays
Avant la colonisation européenne, le territoire de l'actuelle République du Congo est structuré par plusieurs entités politiques majeures dont l'organisation et l'influence s'étendent bien au-delà des frontières actuelles.
Le Royaume Téké, établi dans les plateaux du centre et du nord, est l'un des États les plus anciens et les plus stables de la région. Les Batéké développent une organisation politique originale fondée sur l'autorité d'un roi sacré, l'Onkoo, dont le pouvoir est à la fois temporel et spirituel. Leur maîtrise du commerce régional, notamment des produits forestiers et de l'ivoire, leur confère une influence considérable. Ce sont les Batéké qui, en 1880, reçoivent l'explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza et lui concèdent des droits d'établissement sur leur territoire, geste qui sera à l'origine de la fondation de Brazzaville.
Au sud-ouest, le Royaume de Loango est l'une des entités politiques les plus sophistiquées de la côte atlantique africaine entre le XVe et le XVIIIe siècle. Sa capitale Loango est une cité commerçante florissante, port d'attache des navires européens venus chercher ivoire, cuivre et esclaves. La cour du Maloango, le roi de Loango, est décrite par les voyageurs européens comme d'une organisation et d'un raffinement comparables aux cours royales d'Europe.
Au sud, les populations Kongo partagent avec leurs voisins de l'actuelle RDC et de l'Angola une culture, une langue et une histoire commune héritées du grand Royaume Kongo. Ces trois ensembles culturels, Téké, Loango, Kongo, constituent les fondations sur lesquelles s'est construite l'identité congolaise moderne.
Pierre Savorgnan de Brazza et la fondation du Congo français

L'explorateur qui a donné son nom à la capitale
Pierre Savorgnan de Brazza est une figure singulière de l'histoire coloniale africaine. Né le 26 janvier 1852 à Rome dans une famille noble italienne, naturalisé français en 1874, il conduit entre 1875 et 1882 plusieurs expéditions dans le bassin du Congo qui aboutissent à l'établissement de la présence française en Afrique centrale.
Ce qui distingue de Brazza des autres explorateurs et agents coloniaux de son époque, c'est sa méthode. Contrairement à Stanley, qui travaille pour Léopold II au Congo belge et n'hésite pas à la violence, de Brazza prône la négociation et le respect des chefs locaux. En 1880, il conclut avec le roi Téké Makoko un traité qui place son territoire sous protectorat français, fondant un poste qui prendra le nom de Brazzaville. Ce traité, signé sans violence ni contrainte, est ratifié par le Parlement français en 1882.
De Brazza devient gouverneur général du Congo français de 1886 à 1897. Dans ce rôle, il s'oppose aux compagnies concessionnaires qui exploitent brutalement les populations locales, une position qui lui vaut des inimitiés puissantes et finit par le pousser hors du pouvoir. En 1905, il accepte de conduire une mission d'enquête sur les atrocités commises par les compagnies coloniales au Congo. Son rapport, accablant, est étouffé par le gouvernement français. Épuisé et malade, il décède à Dakar en 1905 au retour de cette mission.
En 2006, à la demande du président Denis Sassou Nguesso, ses restes et ceux de sa famille sont rapatriés à Brazzaville et inhumés dans un mausolée construit en son honneur, reconnaissance tardive mais significative d'une figure qui, dans le contexte colonial, avait tenté de préserver la dignité des peuples du Congo.
De l'indépendance à aujourd'hui

Un demi-siècle entre coups d'État, pétrole et stabilisation
Le 15 août 1960, la République du Congo accède à l'indépendance, avec l'abbé Fulbert Youlou comme premier président. Les premières décennies d'indépendance sont marquées par une instabilité politique chronique : coups d'État en 1963, 1968 et 1977, régimes marxistes successifs sous Marien Ngouabi (assassiné en 1977) et ses successeurs, avant l'instauration du multipartisme en 1990 sous la pression populaire.
La découverte de pétrole offshore dans les années 1970 transforme l'économie du pays. Le Congo devient rapidement l'un des pays africains les plus dépendants des revenus pétroliers, une manne qui finance le développement des infrastructures mais crée aussi une économie rentière fragile, peu diversifiée et vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux.
La décennie 1990 est marquée par des guerres civiles dévastatrices, notamment entre 1993 et 1994 puis entre 1997 et 1999, qui ravagent Brazzaville et ses environs et font des dizaines de milliers de morts et de déplacés. Denis Sassou Nguesso, qui avait dirigé le pays de 1979 à 1992 avant d'être évincé par les urnes, reprend le pouvoir en 1997 à l'issue d'une guerre civile et le conserve depuis.
Depuis les années 2000, le pays connaît une stabilisation relative. Brazzaville s'est reconstruite et modernisée. Des investissements dans les infrastructures (routes, aéroport, universités) ont transformé le visage de la capitale. Le Congo cherche aujourd'hui à diversifier son économie au-delà du pétrole, en valorisant ses ressources forestières, agricoles et touristiques.
Lieux phares
Brazzaville et le fleuve Congo

La capitale face à Kinshasa, deux villes sœurs séparées par un fleuve
Brazzaville est une ville dont l'identité est inséparable du fleuve Congo qui la borde à l'est. Fondée en 1880 par Pierre Savorgnan de Brazza sur les rives du Pool Malebo, le vaste lac naturel que forme le fleuve à cet endroit, elle fait face à Kinshasa, capitale de la RDC, à quelques centaines de mètres à peine. Brazzaville et Kinshasa sont les deux capitales les plus proches du monde après Genève et Berne.
Cette proximité a créé entre les deux villes une relation unique, faite à la fois de fraternité culturelle profonde et de tensions politiques intermittentes. Les deux populations partagent la même langue lingala, la même rumba, les mêmes traditions culinaires et de nombreux liens familiaux de part et d'autre du fleuve. Les échanges commerciaux et humains par les bacs qui traversent le Pool Malebo sont quotidiens et intenses, malgré les frontières formelles.
Le front de fleuve de Brazzaville, la Corniche, est l'artère la plus animée et la plus belle de la ville. Cette promenade de plusieurs kilomètres longe le fleuve avec des vues directes sur Kinshasa et ses gratte-ciels de l'autre rive. Des terrasses de restaurants et de bars animés par la musique locale s'y succèdent, faisant de la Corniche le lieu de socialisation favori des Brazzavillois.
Le port de Brazzaville, d'où partent les bacs vers Kinshasa et les bateaux remontant le fleuve vers l'intérieur du pays, est un espace vivant et coloré où les marchandises, les voyageurs et les histoires s'accumulent dans un désordre organisé typiquement africain. Observer la vie du port depuis la Corniche est l'un des spectacles les plus authentiques que Brazzaville ait à offrir.
La Basilique Sainte-Anne du Congo

Le joyau de l'architecture religieuse de Brazzaville
Construite entre 1947 et 1949 par les Pères Spiritains selon les plans de l'architecte Roger Erell, la Basilique Sainte-Anne du Congo est l'édifice religieux le plus emblématique de Brazzaville et l'un des plus beaux exemples d'architecture religieuse d'Afrique centrale. Élevée au rang de basilique mineure par le Vatican, elle est le cœur spirituel de la communauté catholique de Brazzaville.
L'architecture de la basilique est remarquable par sa fusion entre les influences romanes européennes et les éléments locaux africains. Sa façade en briques rouges cuites sur place, ses tours carrées et son clocher élancé créent une silhouette immédiatement reconnaissable dans le paysage brazzavillois. L'intérieur, avec ses colonnes de béton et ses vitraux qui baignent la nef d'une lumière colorée, crée une atmosphère de recueillement saisissante.
La basilique est implantée au cœur du quartier de Poto-Poto, l'un des plus anciens et des plus animés de Brazzaville, lui donnant un ancrage populaire fort. Les messes dominicales, célébrées en français et en lingala, rassemblent des fidèles de tout le pays dans une liturgie qui mêle les hymnes traditionnels et les rythmes africains.
Poto-Poto, le quartier qui l'entoure, est aussi célèbre pour son École de Peinture de Poto-Poto, fondée en 1951 par Pierre Lods, qui a formé plusieurs générations de peintres congolais dont les œuvres figurent dans les plus grandes collections muséales du monde. La visite de la basilique se prolonge naturellement par une exploration des galeries et ateliers du quartier.
Le Parc National d'Odzala-Kokoua

L'un des derniers grands sanctuaires de forêt tropicale d'Afrique centrale
Dans le nord-ouest de la République du Congo, le Parc National d'Odzala-Kokoua est l'un des parcs nationaux les plus anciens d'Afrique, fondé en 1935, et l'un des plus précieux écosystèmes forestiers du continent. Couvrant 13 600 km² de forêt tropicale primaire, de forêts marécageuses, de savanes et de cours d'eau, il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et fait partie du réseau des parcs du bassin du Congo, deuxième forêt tropicale du monde.
Odzala-Kokoua est l'un des meilleurs endroits au monde pour observer les gorilles des plaines de l'ouest (Gorilla gorilla gorilla) dans leur habitat naturel. La densité de gorilles y est parmi les plus élevées du continent, et des programmes de suivi scientifique rigoureux permettent des observations de groupes habituellement à courte distance. Le parc abrite également des éléphants de forêt, des chimpanzés, des buffles de forêt, des bongos et une biodiversité aviaire exceptionnelle.
Les bais, ces clairières herbeuses et marécageuses au cœur de la forêt, sont les points d'observation privilégiés de la faune. Des éléphants, des buffles et des gorilles s'y rassemblent pour se nourrir des plantes aquatiques et des minéraux présents dans les eaux, créant des scènes d'une intensité et d'une beauté rares. Observer depuis une plateforme d'affût surélevée un groupe de gorilles évoluant dans une bai au lever du soleil est une expérience que les visiteurs décrivent universellement comme transformatrice.
Des lodges de qualité, gérés en partenariat avec les communautés locales, permettent des séjours immersifs dans la forêt avec des guides expérimentés. L'écotourisme développé à Odzala est cité comme un modèle de conservation et de développement communautaire en Afrique centrale.
Où visiter
Poto-Poto et le centre de Brazzaville

Le quartier populaire qui a donné naissance à une école de peinture mondiale
Poto-Poto est le cœur populaire et culturel de Brazzaville. Quartier né au début du XXe siècle pour accueillir les travailleurs africains de la ville coloniale, il est devenu au fil des décennies un espace de création, de commerce et de vie sociale intense qui incarne mieux que tout autre la personnalité brazzavilloise.
L'École de Peinture de Poto-Poto, fondée en 1951 par l'artiste et enseignant français Pierre Lods, est le patrimoine culturel le plus précieux du quartier. Lods y développe une pédagogie originale : donner à des jeunes Congolais sans formation artistique classique des matériaux et de l'espace pour exprimer librement leur vision du monde. Ce qui en sort est une peinture d'une fraîcheur et d'une originalité saisissantes, des formes stylisées inspirées des danses et des masques traditionnels, des couleurs vives, une expressivité immédiate. Les œuvres de l'École de Poto-Poto intègrent rapidement les collections du MoMA à New York, du Musée de l'Homme à Paris et de nombreuses institutions internationales.
Aujourd'hui, l'école continue de fonctionner et d'exposer dans ses locaux d'origine, une visite incontournable pour quiconque s'intéresse à l'art africain contemporain. Les galeries et ateliers qui ont fleuri autour d'elle dans les rues de Poto-Poto font du quartier une destination artistique unique en Afrique centrale.
Le marché de Poto-Poto, l'un des plus grands de Brazzaville, est un espace d'immersion totale dans la vie quotidienne congolaise : étals de tissus, épices, poissons séchés du fleuve, fruits tropicaux et artisanat local se mêlent dans une animation permanente.
Pointe-Noire

La capitale économique, entre Atlantique et forêt tropicale
Deuxième ville du Congo avec plus de 1,5 million d'habitants, Pointe-Noire est la capitale économique du pays et son principal port. Tournée vers l'Atlantique et dynamisée par l'industrie pétrolière offshore, elle présente un visage plus cosmopolite et plus tourné vers l'extérieur que Brazzaville, une ville de passage et d'affaires, mais aussi une ville de plage et de détente qui contraste avec l'énergie frénétique de la capitale.
La plage de la Côte Sauvage, qui s'étend sur plusieurs kilomètres au nord de la ville, est l'une des plus belles plages d'Afrique centrale. Ses vagues puissantes attirent des surfeurs du monde entier et ses kilomètres de sable noir volcaniques sont fréquentés par les habitants comme un espace de loisir et de respiration. Des restaurants de poisson frais installés en bord de plage servent capitaine, barracuda et crevettes de l'Atlantique dans une atmosphère décontractée.
Le Centre culturel Jean-Baptiste Tati-Loutard, nommé en hommage au grand poète congolais natif de la région, est l'espace culturel le plus actif de Pointe-Noire, avec des expositions, des concerts et des résidences d'artistes. Le marché de Pointe-Noire, animé et coloré, permet de découvrir les spécificités culinaires et artisanales du Kouilou, la région côtière du pays.
La Réserve de Conkouati-Douli, à une heure de route de Pointe-Noire, est un sanctuaire naturel exceptionnel où forêt tropicale, savane, mangroves et plages océaniques coexistent sur un même territoire. C'est l'un des rares endroits du monde où des tortues marines luth, les plus grandes tortues marines existantes, viennent pondre sur la plage, entre novembre et mars.
Les Gorges de Diosso et le nord du pays

Les paysages les plus spectaculaires du Congo, encore préservés
À une vingtaine de kilomètres au nord de Pointe-Noire, les Gorges de Diosso sont l'une des curiosités naturelles les plus spectaculaires du Congo et l'une des moins connues à l'international. Ces gorges d'argile rouge et ocre, sculptées par l'érosion sur des dizaines de mètres de profondeur, créent un paysage lunaire d'une beauté saisissante qui contraste violemment avec la végétation tropicale qui les entoure. Les couchers de soleil sur les gorges, lorsque la lumière fait flamboyer les ocres et les rouges de la roche, sont d'une intensité photographique exceptionnelle.
Le nord du Congo, accessible depuis Brazzaville par la route ou par avion via Ouesso, est une région de grande forêt tropicale encore peu touchée par le développement. La Sangha, vaste réseau de fleuves et de forêts à la frontière avec le Cameroun et la Centrafrique, fait partie du Trinational de la Sangha, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2012. Cet ensemble transfrontalier de parcs et réserves naturelles protège l'un des derniers grands massifs forestiers intacts d'Afrique centrale.
Ouesso, la principale ville du nord, est le point de départ des expéditions vers la forêt et le fleuve Sangha. Des pirogues remontant le fleuve permettent d'atteindre des villages traditionnels Aka, peuple de chasseurs-cueilleurs dont le mode de vie en forêt est l'un des plus anciens au monde, et d'observer une faune sauvage remarquablement préservée : éléphants de forêt, buffles, gorilles et chimpanzés.
Le Congo possède ainsi deux facettes naturelles complémentaires : la côte atlantique au sud et la grande forêt équatoriale au nord, un pays dont les richesses naturelles n'ont pas encore révélé toute leur valeur touristique.
Événements
La Fête de l'Indépendance — 15 août

La naissance de la République du Congo, chaque année célébrée avec fierté
Le 15 août 1960, la République du Congo accède à l'indépendance après soixante-dix ans de présence française. La date du 15 août, jour de l'Assomption dans le calendrier catholique, a une résonance particulière dans un pays à forte tradition chrétienne, créant une coïncidence symbolique entre fête nationale et fête religieuse qui marque la mémoire populaire.
Chaque année, les célébrations officielles se concentrent à Brazzaville, où un défilé militaire et civil se déroule sur les grandes artères de la capitale. Les unités des forces armées congolaises, de la gendarmerie et de la police nationale défilent en tenues d'apparat, accompagnées des représentants de l'administration et des groupes culturels des différentes régions du pays. Les danses traditionnelles des peuples Téké, Kongo, Mbochi et Vili illustrent la diversité culturelle d'un pays qui compte plusieurs dizaines de groupes ethniques.
Les célébrations populaires dans les quartiers de Brazzaville et dans les villes de province ont leur propre rythme et leur propre saveur. Les maquis et les restaurants de plein air résonnent de la musique congolaise (la rumba partagée avec Kinshasa, le ndombolo, le soukous) dans une atmosphère festive qui s'étend souvent plusieurs jours.
Pour les Congolais de la diaspora à Paris, Montréal ou ailleurs, le 15 août est une date de rassemblement communautaire important, l'occasion de retrouvailles entre compatriotes autour de la cuisine, de la musique et des souvenirs du pays.
Le FESPAM — Festival Panafricain de Musique

Brazzaville, capitale de la musique africaine tous les deux ans
Fondé en 1994 à l'initiative du gouvernement congolais, le Festival Panafricain de Musique (FESPAM) est l'un des événements musicaux africains les plus importants du continent. Organisé tous les deux ans à Brazzaville, il rassemble des artistes de toute l'Afrique et de la diaspora africaine pour une semaine de concerts, d'ateliers, de conférences et d'échanges culturels qui font de la capitale congolaise un carrefour musical continental.
Le FESPAM se déroule principalement au Palais des Congrès de Brazzaville et sur des scènes en plein air qui accueillent des dizaines de milliers de spectateurs tout au long de la semaine. Sa programmation embrasse l'ensemble des traditions musicales africaines : rumba congolaise, afrobeats nigérian, mbalax sénégalais, makossa camerounais, ndombolo, musique malienne, musiques de l'Afrique australe et orientale, et les expressions contemporaines de la diaspora africaine des Amériques et d'Europe.
Au-delà des concerts, le FESPAM est aussi un espace de réflexion sur les industries musicales africaines. Des symposiums rassemblent des producteurs, des distributeurs et des artistes pour débattre des défis et des opportunités de la musique africaine dans l'économie numérique mondiale. Des ateliers de formation permettent aux jeunes musiciens congolais de se perfectionner auprès de maîtres venus de tout le continent.
Le festival a joué un rôle significatif dans la relance de la scène musicale brazzavilloise après les années difficiles des guerres civiles des années 1990, contribuant à la reconstruction d'une identité culturelle positive et rayonnante pour la ville et le pays.
La scène artistique contemporaine de Brazzaville

Une ville qui réinvente son expression créative
Depuis les années 2010, Brazzaville connaît un renouveau artistique remarquable qui attire l'attention des institutions culturelles et des galeries internationales. Une nouvelle génération de plasticiens, de photographes, de vidéastes et d'artistes de rue congolais développe un langage visuel contemporain ancré dans les réalités et les mémoires africaines tout en s'inscrivant dans les débats de l'art mondial.
Le Centre Culturel Français (rebaptisé Institut Français) de Brazzaville est l'un des espaces d'exposition les plus actifs de la ville, organisant régulièrement des expositions d'artistes congolais et africains, des résidences d'artistes et des événements culturels ouverts à tous. Le Musée Marien Ngouabi et plusieurs galeries privées complètent ce réseau d'espaces dédiés à la création contemporaine.
La pratique du street art s'est développée de façon significative dans les quartiers de Brazzaville, transformant des murs en surfaces d'expression politique, mémorielle et esthétique. Des fresques monumentales évoquent l'histoire du Congo, les figures tutélaires de la culture congolaise et les aspirations de la jeunesse, créant une galerie à ciel ouvert qui dialogue avec les habitants de la ville.
Les artistes congolais de la diaspora, nombreux à Paris, Montréal et Bruxelles, maintiennent un lien créatif fort avec Brazzaville, revenant régulièrement exposer dans la ville ou collaborant à distance avec les institutions locales. Ce va-et-vient entre la métropole et la diaspora enrichit la création artistique congolaise d'influences multiples tout en ancrant son identité dans les racines du pays.
Personnalités
Marien Ngouabi

Le président révolutionnaire qui a baptisé la République Populaire du Congo
Né le 31 décembre 1938 à Ombélé dans le nord du pays, Marien Ngouabi est l'une des figures politiques les plus marquantes de l'histoire congolaise. Officier de l'armée formé en France, il prend le pouvoir en 1968 à la faveur d'un coup d'État et conduit le pays vers une orientation marxiste-léniniste affirmée.
En 1969, il proclame la République Populaire du Congo, premier État à se qualifier officiellement de marxiste-léniniste en Afrique subsaharienne, et fonde le Parti Congolais du Travail (PCT) comme parti unique. Cette orientation idéologique lui vaut le soutien de l'Union soviétique et de Cuba, mais aussi des tensions avec les puissances occidentales et les investisseurs étrangers.
Sur le plan intérieur, le régime Ngouabi développe l'éducation publique, la santé et les infrastructures de base, tout en réprimant l'opposition politique. Sa personnalité est décrite par ses contemporains comme complexe : rigoriste et idéologue d'un côté, mais aussi charismatique et sincèrement attaché au développement de son pays de l'autre.
Il est assassiné le 18 mars 1977 dans des circonstances qui n'ont jamais été totalement élucidées. Sa mort plonge le pays dans une période d'instabilité et de terreur politique. Malgré les controverses liées à son régime autoritaire, Ngouabi reste une figure respectée dans une partie de la mémoire populaire congolaise, notamment pour son engagement nationaliste et sa volonté de rupture avec les structures coloniales.
Henri Lopes

Le grand romancier congolais, diplomate et gardien de la mémoire africaine
Né le 12 septembre 1937 à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa), de père congolais et de mère française, Henri Lopes est l'écrivain congolais le plus reconnu sur la scène littéraire internationale et l'une des voix les plus importantes de la littérature africaine francophone contemporaine.
Sa carrière se déroule simultanément sur deux registres. Sur le plan politique, il est Premier ministre du Congo de 1973 à 1975, puis occupe des postes ministériels importants avant de rejoindre l'UNESCO comme directeur général adjoint de 1998 à 2011 et d'être nommé ambassadeur du Congo en France, poste qu'il occupe pendant plus de vingt ans.
Sur le plan littéraire, son œuvre explore avec finesse et profondeur les questions d'identité métisse, de mémoire coloniale et postcoloniale, et de la condition africaine dans le monde contemporain. Son roman Le Pleurer-Rire (1982), portrait satirique d'une dictature africaine imaginaire, est considéré comme l'un des textes les plus importants de la littérature africaine du XXe siècle. Le Chercheur d'Afriques (1990) et Une enfant de Poto-Poto (2012) approfondissent sa réflexion sur la double appartenance culturelle et l'identité franco-africaine.
Lopes a reçu le Grand Prix de la Francophonie de l'Académie française en 1993, distinction qui consacre sa place au sommet des lettres francophones. Membre de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer, il est l'une des rares personnalités à avoir réussi à tenir avec excellence deux carrières aussi exigeantes que la politique internationale et la création littéraire.
Ray Lema

Le musicien qui a fait dialoguer l'Afrique et le monde
Né le 1er juin 1946 à Kimwenza, dans l'actuelle RDC, mais dont la carrière est profondément liée au Congo-Brazzaville et à la scène musicale parisienne, Ray Lema est l'un des musiciens africains les plus originaux et les plus respectés de sa génération. Pianiste, compositeur, chanteur et producteur, son œuvre embrasse un spectre musical extraordinairement large : musique traditionnelle congolaise, jazz, classique, funk, électronique, toujours avec une maîtrise technique et une inventivité mélodique qui forcent l'admiration.
Formé à la musique classique au séminaire, puis guitariste dans les orchestres de Kinshasa dans les années 1960 et 1970, Ray Lema est envoyé aux États-Unis en 1979 par le président Mobutu pour étudier la musique africaine-américaine. Cet épisode le met en contact avec le jazz, le funk et le gospel américain, des influences qui vont transformer son approche musicale et lui ouvrir des horizons nouveaux.
Installé à Paris dans les années 1980, il signe avec le label Island Records et publie des albums qui font de lui un pionnier de la world music : Koteja (1983), Nangadeef (1984), Medecine (1990). Ses compositions, construites sur des rythmiques complexes héritées des polyrythmies africaines et harmonisées avec des accords jazz et classiques, créent un son unique immédiatement reconnaissable.
Ray Lema a collaboré avec des artistes aussi divers que Youssou N'Dour, Salif Keïta, Khaled, Miriam Makeba et des orchestres symphoniques européens. Il incarne la conviction que les musiques africaines ne sont pas un patrimoine figé mais un réservoir vivant d'innovation capable de dialoguer avec toutes les traditions musicales du monde.
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